Book Review #10

Français

Fuck le patriarcat ! Les sept péchés pour prendre le pouvoir – Mona Eltahawy

Mona Eltahawy est une activiste féministe égyptienne que je voyais souvent passer sur les réseaux sociaux sans m’y arrêter plus que cela, ne me retrouvant pas suffisamment dans son discours et sans le rejeter pour autant. Elle véhicule l’image d’une femme issue d’une culture musulmane, féministe, grande gueule et enragée. J’ai vite compris que les barbus voyaient en elle le diable en personne, et dès la première page de ce livre j’ai compris pourquoi. Mona Eltahawy a été agressée sexuellement à l’âge de 15 ans en 1982 à la Mecque, elle a décidé de le témoigner et ça n’a pas plu, forcément. Aujourd’hui, l’autrice a plus de 50 ans et le patriarcat est toujours là, plus que jamais il est partout, quelque soit le pays, la classe sociale, l’ethnie… force est de constater que l’égalité entre les genres n’est malheureusement atteinte nulle part. Dans ce livre, elle s’inspire des sept péchés vitaux de l’Evangile selon Mona et nous livre à sa façon quelques armes pour faire face au patriarcat, en tant que femmes, filles, pédés, personnes non binaires, transes… et pour que le mouvement #MeToo ne se limite pas aux célébrités blanches.

Mona Eltahawy nous demande de nous mettre en colère plus souvent et de l’enseigner à nos filles, car comment s’indigner, revendiquer son dû et se rebeller sans passer par la case colère ? Ensuite elle nous incite à attirer l’attention sur nous davantage, car c’est la seule façon d’être visibles et de faire entendre notre voix. Quand on pense à la femme musulmane silencieuse, silenciée plutôt et à qui l’on a toujours demandé d’être la plus discrète et invisible possible, tout cela tombe finalement sous le sens… Plus j’avançais dans ma lecture et plus elle me faisait réaliser qu’on n’a d’autre choix que la lutte contre le patriarcat comme seul mode de vie possible et décent.

D’ailleurs un peu plus loin, l’autrice imagine un monde où le patriarcat aura enfin été vaincu, ou du moins où nous aurions suffisamment avancé pour avoir trois femmes Présidentes des États-Unis d’affilé, une autre en Égypte qui est aussi poétesse et ouvertement bisexuelle et enfin la première mufti athée en Arabie saoudite, car elle croit encore au changement de l’intérieur. Ici Mona Eltahawy nous demande d’être ambitieuses et Dieu que j’ai adoré ce chapitre ainsi que le précédent sur l’obscénité ! Plus j’avançais dans ma lecture et plus j’avais l’impression que Mona était une femme sauvage et elle l’est, elle est une vraie guerrière. Et je crois que finalement si la féministe arabo-amazigho-musulmane devait correspondre à une image, ce serait bien celle-ci. Une guerrière sauvage en colère, très en colère, ambitieuse et puissante.

Les derniers chapitres étaient plus violents, le ton est monté d’un cran. Et si les femmes déclaraient une guerre contre le patriarcat ? Une guerre officielle au nom d’un parti Fuck The Patriarchy qui tuerait des hommes tous les jours, juste parce qu’ils sont nés hommes… L’imagination de l’autrice est tellement grande qu’elle nous laisse supposer qu’elle y a longuement réfléchi, durant des années, sans doute un reflet de l’ampleur de sa colère également et du sentiment d’injustice et d’oppression avec lesquels elle a vécu et continue sans doute de vivre. Le chapitre sur la violence est particulièrement difficile à lire et douloureux, elle nous force à réfléchir à des questions qui dérangent (que l’on soit un homme ou une femme). Nous sommes en guerre et il est nécessaire d’apprendre aux femmes à se battre, nous vivons dans un État terroriste envers les femmes… dans ses mots, j’ai beaucoup retrouvé les miens, certains que je n’osais crier trop fort, par peur de passer pour la sauvage colérique justement. Elle dénonce également l’injustice du système judiciaire envers les femmes et la violence que ces dernières subissent dans les prisons.


En Mona Eltahawy j’ai pour la première fois senti tout le poids et le pouvoir de la sororité. Le dernier chapitre était sur la luxure, que je vous laisse le soin d’aller découvrir !


English

The Seven Necessary Sins for Women and Girl – Mona Eltahawy

Mona Eltahawy is an Egyptian feminist activist that I often saw on social media without giving it much importance, not relating enough to her speech but not rejecting it either. She conveys the image of a woman coming from a Muslim culture, a feminist and an enraged loudmouth. I quickly understood that the bearded men saw in her the devil in person, and from the first page of this book I understood why. Mona Eltahawy was sexually assaulted at the age of 15 in 1982 in Mecca, she decided to testify about it, which did not please men, obviously. Today, the author is 50 years old, and patriarchy is still there, more than ever it is everywhere, whatever the country, the social class, the ethnicity… we must admit that equality between genders is unfortunately not reached anywhere. In this book, she draws her inspiration on the seven vital sins of the Gospel and gives us in her own way some weapons to face patriarchy, as women, girls, queers, non-binary people, trans people… also so that the #MeToo movement would not be limited to white celebrities.

Mona Eltahawy asks us to get angry more often and to teach it to our daughters, because how do you get outraged, claim your due and rebel without going through anger? Then she urges us to draw attention to ourselves more, because that is the only way to be visible and to have our voices heard. When you think about the silent Muslim woman, who has always been asked to be as discreet and invisible as possible, it all makes sense… The more I read, the more she makes me realize that we have no other choice than the fight against patriarchy as the only possible and decent way of living.

Further on, the author imagines a world where patriarchy will have been finally defeated, or at least where we will have progressed enough to have three women Presidents of the United States in a row, another in Egypt who is also a poet and openly bisexual, and finally the first female atheist mufti in Saudi Arabia, because she always believes in change from within. Here, Mona Eltahawy asks us to be ambitious and God I loved this chapter as well as the previous one on obscenity! The more I read, the more I had the impression that Mona was a wild woman, and she is, she is a real warrior. And I think that finally if the Arab-Amazigh-Muslim feminist should correspond to an image, it would be this one. A wild warrior, very angry, ambitious, and powerful.

The last chapters were more violent, the tone turned up a notch. What if women declared a war against patriarchy? An official war in the name of a “Fuck The Patriarchy” party that would kill men every day, just because they were born men… The author’s imagination is so great that she lets us suppose that she has thought about it for a long time, for years, probably a reflection of the extent of her anger as well and of the feeling of injustice and oppression she has lived with and probably still lives with. The chapter on violence is particularly difficult to read and painful, it forces us to think about disturbing issues (whether one is a man or a woman). We are at war and it is necessary to teach women to fight, we live in a terrorist state towards women… in her words, I found a lot of my own, some of which I didn’t dare to shout too loudly, out of fear of being regarded as the angry savage. She also denounces the injustice of the judicial system towards women and the violence inflicted upon them in prison.

In Mona Eltahawy I felt for the first time the weight and power of sisterhood. The last chapter was about lust, which I leave it to you to discover!

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